Femme enceinte : pourquoi déteste-t-elle son mari pendant la grossesse ?

34% des femmes enceintes déclarent s’être, à un moment ou à un autre, senties submergées par une hostilité irrationnelle envers leur conjoint. Ce chiffre n’est ni anecdotique ni marginal : il dit quelque chose de la violence silencieuse qui peut surgir là où l’on attend le plus d’harmonie. Les tensions, loin de saboter la préparation à l’arrivée d’un enfant, s’invitent dans le quotidien de nombreux couples, parfois sans prévenir.

Les bouleversements hormonaux, les attentes qui se télescopent, les peurs enfouies : tout cela façonne une expérience partagée par bien plus de futurs parents qu’on ne l’imagine. Qu’importe que le couple ait toujours semblé solide : la grossesse remet tout en jeu, redistribue les rôles, secoue les certitudes. Difficile d’y échapper, et inutile de culpabiliser : ce passage à vide concerne autant les amoureux fusionnels que les duos plus discrets.

Quand la grossesse bouleverse l’équilibre du couple

Impossible d’ignorer l’effet tremblement de terre que provoque la grossesse dans la vie à deux. Les repères se déplacent, les règles du jeu changent, parfois dans la douleur. Bouleversements hormonaux, corps qui se transforme, projection vers l’inconnu de la parentalité : tout s’imbrique, et la tension grimpe. La perception du partenaire évolue, souvent sans prévenir. Chez les Bédouins Ghrib, la famille entière s’active autour de la femme enceinte : la grossesse n’est jamais une histoire privée, c’est l’affaire de tous, du clan, de la communauté.

Face à ce chamboulement, le mari avance à tâtons. Son rôle vacille entre vouloir soutenir et ne pas savoir comment, entre maladresse et bienveillance. La grossesse, ce n’est pas une promesse de sérénité : la joie de devenir parent s’accompagne d’inquiétudes, de doutes, parfois d’un sentiment d’impuissance. L’épouse, elle, peut soudain voir son compagnon sous un nouveau jour : l’agacement émerge, l’irritation couve, et parfois l’hostilité pointe. Ce glissement tient à la nécessité de se recentrer, de protéger son espace et celui du bébé à venir.

Dans certaines cultures, la maternité élève la femme, mais l’attente d’un enfant devient une pression : la stérilité fait planer une menace sur l’équilibre du couple. Pour conjurer le sort, on multiplie les rituels : porter un h’irz, s’immerger dans des bains d’herbes, chercher à sécuriser la grossesse au-delà du rationnel. Le couple, lui, doit composer avec ces attentes parfois contradictoires, sur fond d’épreuve émotionnelle.

Au creux de cette tempête, un mouvement de redéfinition se met en place. La grossesse pousse à revisiter les gestes du quotidien, à inventer de nouveaux codes, à accepter des silences différents. Les femmes oscillent entre l’envie d’indépendance et le besoin d’être entourées. Les hommes, mis à l’écart malgré eux, cherchent encore leur place dans cette dynamique inédite.

Pourquoi certaines femmes enceintes ressentent-elles de l’agacement envers leur partenaire ?

Le premier trimestre déborde d’imprévus : le corps s’exprime, l’esprit vacille. Les montagnes russes émotionnelles attribuées aux hormones donnent à chaque détail une saveur inédite. La femme enceinte, enveloppée par l’attention de ses proches, traverse une période où tout peut basculer : un mot, un geste, et l’exaspération surgit sans prévenir.

Les raisons de cet agacement sont multiples, à la croisée du psychisme et du corps. L’hypersensibilité, presque inévitable, chamboule la patience. Difficile de tolérer ce qui semblait anodin la veille. Plusieurs dynamiques reviennent souvent dans les témoignages :

  • Le sentiment de ne pas être vraiment comprise, même par le partenaire le plus attentionné,
  • Une envie pressante d’attention et de gestes concrets,
  • Des envies alimentaires qui prennent toute la place,
  • Une tendance à fuir tout ce qui peut amener des émotions négatives ou des conflits.

En face, le mari tente d’apporter du réconfort, mais il se trouve parfois désarmé, maladroit ou à côté de la plaque. La grossesse bouleverse la routine de couple : la femme, en quête de sécurité, se montre plus exigeante, moins patiente. Les attentes évoluent, l’émotion prend le dessus, et le quotidien se tend.

À cela s’ajoute le paradoxe de cette période : entourée et choyée, la femme enceinte se sent pourtant parfois seule ou dépassée, surtout si son compagnon n’arrive pas à lire entre les lignes de ses besoins. L’agacement devient alors un cri silencieux : celui de l’envie d’être comprise, écoutée, véritablement soutenue, au-delà des gestes automatiques ou des formules rassurantes.

Petites tempêtes et grandes émotions : comprendre les tensions pour mieux les vivre

La grossesse agit comme un miroir grossissant au sein du couple. Les tensions émotionnelles surgissent là où rien ne laissait présager la moindre faille. La future mère, ballotée entre vulnérabilité et énergie neuve, voit sa relation au corps et à la sexualité évoluer. Ce bouleversement, évoqué par de nombreux spécialistes, déroute autant la femme que son mari. Soudain, le désir change : parfois il s’efface, d’autres fois il s’intensifie, bousculant l’intimité du couple.

Le quotidien, lui, devient un terrain miné. La moindre remarque, la plus petite maladresse, prend des proportions inattendues. L’intimité ne se limite pas à la chambre : elle envahit chaque recoin de la vie commune. La tendresse persiste, mais la fatigue, les nausées, ou la peur de mal faire mettent de la distance. Le couple peine à trouver les mots pour dire ce décalage, et l’incompréhension s’installe.

Dans certaines traditions, comme chez les Bédouins Ghrib, la famille multiplie les gestes protecteurs : visite à la tombe d’un saint pour recevoir la baraka, henné sur les mains au neuvième mois… Ces rituels rappellent la force du soutien familial et collectif dans cette traversée. Les futurs parents naviguent entre inquiétude et espoir, tentant de rebâtir un équilibre où chacun puisse respirer.

Homme dans la cuisine tenant une tasse avec expression préoccupée

Des pistes concrètes pour traverser cette période ensemble et en sortir plus forts

Femme enceinte, futur père : chacun avance comme il peut sur la crête de ses incertitudes. La grossesse, loin de figer la relation, la transforme à vue d’œil. Ceux qui traversent cette période sans trop d’accrocs ont un point commun : ils parlent vrai, mettent des mots sur les ressentis, même les plus inconfortables. Dire la fatigue, la peur, l’irritation : c’est un exercice exigeant, mais souvent salutaire.

Être présent pour la femme enceinte, ce n’est pas seulement l’aider à porter les courses. C’est repérer les signaux faibles, anticiper, rassurer, calmer l’angoisse de l’accouchement ou de la parentalité qui approche. Le cercle familial joue aussi un rôle : la présence des proches, mère, sœur, belle-mère, allège la charge mentale, tisse un cocon autour de la future mère, protège du sentiment d’isolement.

Parfois, il faut aller plus loin. Quand le dialogue ne suffit plus, consulter une sage-femme ou un professionnel de santé fait la différence. Un regard extérieur, neutre, repère ce que le couple a du mal à percevoir : fatigue, anxiété, conflits latents. Les rituels autour de la naissance, la nfâsa, les paroles bienveillantes, la mobilisation du foyer, témoignent d’un soutien social ancré, où chacun a sa place auprès de la mère et de l’enfant.

Voici quelques leviers simples mais puissants à activer au quotidien pour renforcer la complicité :

  • Partager de vrais moments ensemble, loin de la routine ou des tâches obligatoires.
  • Valoriser la reconnaissance mutuelle : prendre le temps de remercier, de féliciter, d’encourager.
  • Mettre sur la table les inquiétudes liées à la grossesse, même les plus banales en apparence.

La grossesse ne coupe pas le couple de ses forces : elle invite à se réinventer. À chaque étape, si l’écoute et le réconfort circulent, le lien se resserre. Et si, au final, ces tempêtes passagères n’étaient qu’une façon d’apprendre à aimer autrement ?